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TRICKY ne danse pas… Il hache.
Et il n’y a rien qu’il ne semble arracher à son corps quand il chante.
A ses jambes d’abord. Qu’il plie en mouvements convulsifs comme un môme contrarié, qu’il prépare pour un saut coupé net, qui n’arrive jamais, et il se jette sur son micro ou martèle la scène du pied comme un acharné.
Puis à ses bras qui caressent l’air devant lui, montrent le ciel ou battent durement la mesure façon hip-hop.
A ses hanches qui se tordent, à ses reins et son dos qui se cambrent en coups secs, se cassent et s’inclinent sur le côté, épaules jetées en arrière. On a mal pour lui, on croit qu’il va tomber…
A sa tête enfin, qu’il secoue d’un obstiné et inlassable « non » et qui entraîne avec elle les dreadlocks sur son crâne.
Il s’étire vers le haut, se dresse tant qu’il peut sur la pointe de ses pieds, bouche toujours tendue vers le micro auquel il s’accroche, s’agrippe, coudes saillants dirigés droit vers le plafond…
Il est tout en saccade Tricky. En épilepsie… Et parfois comme en transe, totalement stone sans doute.
Il a une énergie qui semble le dépasser, ou dépasser les limites que son corps sec et nerveux lui impose. Et son petit gabarit musclé occupe l’espace de façon démente. La scène est large et lui, il déborde. Pourtant on le dirait en cage…
Tricky gueule cassée, torse nu, a l’air d’un animal contenu… Complètement envoûtant à regarder.
Et encore une fois il me surprend.
Son trip-hop, parfois très rock et un peu funky ne m’a jamais vraiment séduite. Mais il grogne, joue de sa voix rauque et des réverbérations dans ses deux micros. Le son dense et profond traverse le sol de l’Elysée, remonte en vibrant dans mes pieds, mes jambes, mon ventre… J’ai le sourire en V et les hanches embarquées, comme mon amie Karine qui m’a invitée.
Je regarde autour de moi ou fais un tour dans la fosse pour mieux le voir, bien saturer… Certains fument en douce, shootent et filment avec leurs cellulaires, mais peu se balancent finalement.
Le public Parisien est souvent timide. Je le croirais carrément frigide si ce trip-hop lascif était par moments moins mélancolique.
Je me souviens d’un concert, il y a quelques années, où Tricky, sans doute mal luné, nous avait tourné le dos, toute la soirée… Et j’aimerais quand même savoir ce qu’il faut à Paris pour la dérider…
C’était Tricky, dimanche soir à L’Elysée Montmartre.
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Adrian Thaws a.k.a TRICKY est né à Bristol en 1968. Il a participé à ses débuts, à deux albums de Massive Attack (Blue Lines et Protection), et Knowle West Boy sorti cette année après 5 ans de silence, est son 9ème album solo. Son label Brown Punk se pose en vivier et découvreur de talents.